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Hommage
Sylvain Luc
La guitare accordée au cœur

Certains soufflent des mots. Sylvain Luc, lui, provoque des émotions avec les cordes qu'il anime, la guitare accordée au cœur. L’un des plus grands guitaristes de jazz en France s'est éteint à l’âge de 58 ans. Il est entré à la Sacem en qualité de compositeur le 9 août 1987 et a été promu Sociétaire professionnel le 1er avril 2008.

Il y a l'objet, la guitare, et ce que l'on en fait. Réussir par ses mains, sa sensibilité et son apprentissage, à en sortir une musique céleste et splendide, c’est le talent. Sylvain Luc a la guitare dans le sang et dans le corps. Si l’on dit que la conscience des choses et du monde débute aux alentours de six ans, Sylvain Luc doit avoir peu de souvenirs de sa vie sans elle.

En terres basques, là où il est né le 7 avril 1965, il pose ses mains sur une guitare dès l’âge de 4 ans. Très jeune, il intègre ensuite le conservatoire de Bayonne, d’abord pour apprendre le violon, puis le violoncelle. Les instruments à cordes, en particulier la guitare, sont une partie intégrante de lui, et il ne pourrait pas envisager de vivre sans elles.

Pour cela, il quitte sa Bayonne natale pour Paris, ses lumières, ses cafés et ses salles de jazz parfois enfumées, souvent mélodieuses. Il collabore d’abord avec d’autres, avec son groupe de jazz progressif Bulle Quintet, puis devient bassiste du trio de Richard Galliano, guitariste avec Eric Le Lann... En parallèle, Sylvain Luc est aussi un homme de l’ombre. Celui qui arrange, compose et accompagne les plus grands artistes, certains maîtres ou maîtresses du genre : Catherine Lara, Al Jarreau comme Michel Jonasz.

Sylvain Luc, c’est tout cela à la fois : un artiste capable aussi bien de jouer avec Michel Legrand, Marcus Miller ou Richard Bona que de se lancer en solo, en 1993.
Son premier album, Piaia - « un incomparable album de guitare seule » comme le qualifiait France Musique - finit d’asseoir le talent de ce musicien alangui des cordes et des mesures. Son deuxième disque, Petits Déjà, en duo avec son ami Louis Winsberg, suit rapidement. Tout comme Ameskeri avec Stéphane Belmondo en 1999, puis Duet avec Biréli Lagrène l’année suivante. Un disque vendu à plus de 70 000 exemplaires.

Résumer une vie et une carrière musicale aussi denses, intenses et éloquentes n’est pas une mince affaire. Tant mieux, pourrait-il dire. Qualifié par le journal Le Monde de « guitariste tout terrain », qui n’aime pas être étiqueté, il est un musicien libre et impertinent : « mon admiration pour le jazz vient de mon admiration pour des êtres libres. Mais je me sens toujours mal quand on m’enferme dans une case. Mes expériences ? Je vais voir ailleurs si j’y étais », dit-il au journal. S’il est allé dans cet « ailleurs », il a alors pu voir aussi la magie de ses tournées américaines et canadiennes où le succès l’attendait, tout comme ses multiples collaborations.

Pour l’ensemble de son œuvre, Sylvain Luc a reçu de nombreux prix : une nomination en tant que Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2005, une victoire au Django d’Or, au Django Reinhardt de l’Académie du Jazz… en 2010, nous avons été fiers de le récompenser du Grand Prix du Jazz de la Sacem. En plusieurs décennies, Sylvain Luc, l’amoureux de la musique, du jazz et de la puissance des cordes a sorti six albums solos, des dizaines avec des formations diverses, amis comme mentors. Son dernier disque, Simple Song, est un retour à l’essentiel. Celui de l’intime, du vécu. Ce genre de disque qui regarde en arrière avec douceur… mais toujours éblouissement.

« Sylvain, de Silva, la forêt, et Luc, de Lux, la lumière. La vie, la vocation, le destin de Sylvain Luc étaient déjà écrits dans son prénom et son nom: la musique lumineuse qui rayonnait des cordes et du bois sa guitare, de son jeu, de son âme, cette flamme qui va tant nous manquer dans les spectacles vivants à venir. »
Claude Lemesle, auteur et Président d’honneur de la Sacem

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Crédit photo : Sylvain Luc, Grands Prix Sacem (c) Marc Chesneau