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Chronique
Claude Delécluse et Michelle Senlis
De Piaf à la Résistance face au yéyé
De la moitié des années 50 au début des années 70, Claude Delécluse et Michelle Senlis vont offrir leurs mots aux plus grands interprètes de la chanson française : Edith Piaf, Jean Ferrat, Isabelle Aubret, Jacqueline Dulac… Elles vont aussi travailler avec les plus grands compositeurs de leur époque : Ferrat, mais aussi Ferré, Mireille, Misraki, Monnot, Dumont…

L’AVANT-TANDEM

Claude, née Edith Marie-Louise Delécluse nait le 28 octobre 1920 à Champagney en Haute-Saône, au pied des Vosges. Elle fait sa demande d’admission à la Sacem le 20 novembre 1953 et est admise le 6 janvier 1954 (effective au 1er février 1954). Elle devient sociétaire définitive le 21 mars 1961.

Michelle Fricault nait le 20 juillet 1933 à Montgeron, à 20 kms au sud de Paris, dans l’Essonne. Jeune, elle se passionne pour la belle chanson française, des œuvres comme « Le doux caboulot » de Francis Carco et Jacques Larmanjat, créé par Marie Dubas en 1931.
Après des études de mathématiques, de droit et de dessin, elle publie au début des années 50 des poèmes dans des revues confidentielles où elle côtoie Luc Bérimont, Pierre Seghers... Elle rêve d’être écrivain - et tiendra d’ailleurs plusieurs journaux intimes toute sa vie –, mais veut absolument avoir un vrai métier, ayant son père à charge (il mourra le 7 novembre 1963). Elle produit donc des émissions de radio sur la chanson et la poésie dans les années 50. Elle adhère à la Sacem en tant qu'autrice le 13 septembre 1953 et devient sociétaire définitive le 21 mars 1961.


La rencontre

Les deux jeunes femmes se rencontrent par des clubs littéraires. Il faut rappeler qu’elles sont toutes deux attachées à l’écriture, à tous les grands poètes, aux vrais auteurs de chansons. Comme elles s’entendent bien, malgré leur différence d’âge, elles décident de faire des chansons ensemble. Michelle a alors déjà rencontré des interprètes de la chanson comme Patachou, qui l’a encouragée puis citée dans un journal. La « pâtissière de Montmartre » les enregistrera dès 1955.

Avant cela, c’est à l’automne 1953 qu’elles font, chacune de leur côté, leur demande d’adhésion à la Sacem. En revanche, c’est ensemble qu’elles deviennent sociétaires définitives le 21 mars 1961.
Michelle sera toujours celle des deux qui aura des facilités d’écriture. Pour Claude, écrire sera souvent plus douloureux. Quoi qu’il en soit, elles écriront quasiment toujours leurs paroles d’abord, avant qu’un compositeur ne les mette en musique.

Coup d’essai, coup de maître

En 1955, Claude, qui a 35 ans, et Michelle, qui en a 22, signent pour la grande Edith Piaf – qui a déjà 20 ans de carrière - une chanson qui va marquer l’Histoire. C’est leur première chanson enregistrée et chantée sur scène.
Il faut dire que ce futur standard a été apporté à la Môme par celle qui travaille avec cette dernière depuis ses débuts en 1936 : Marguerite Monnot. En effet, presque 20 ans après « Mon légionnaire », Marguerite compose la musique de « C’est à Hambourg ». C’est d’ailleurs la chanteuse poétique Germaine Montero qui amène le texte du Tandem à Monnot pour que cette dernière le mette en musique, sans penser que Piaf va s’en emparer et occulter sa version.

Le Tandem aura même droit à un télégramme de Piaf lui demandant de venir Boulevard Lannes un dimanche. Quand les deux parolières arrivent, l’ex-Môme sort d’un cinéma où elle a vu, pour la énième fois, « Tant qu’il y aura des hommes ». Comme il y a un monde fou dans le salon, Piaf les entraîne dans sa chambre, au calme, et leur dit : « Voilà, la chanson est superbe, elle me plaît, mais ça m’ennuie que vous commenciez à chaque fois par « C’est à Hambourg au ciel de pluie... et que tous les refrains ne soient qu’une énumération de villes...» Dans l’innocence spontanée de la jeunesse, le Tandem répond : « Justement, ça, on ne le changera pas. C’est tout le climat de la chanson. » Piaf semble réfléchir et clôt le débat par un : « On se reverra. ». Au final, les deux filles feront des concessions mineures sur le titre, rendant juste leur texte plus charnel à la demande d’Edith qui leur confiera plus tard qu’elles avaient eu raison de tenir bon sur le fameux « climat ».

Piaf l’enregistre le 28 février 1955. L’orchestration est du fidèle Robert Chauvigny. On le sait aujourd’hui, c’était une prouesse d’être enregistré par le Mythe qui n’a eu que des auteurs masculins et un seul compositeur féminin : Marguerite.

La chanson est un tel succès par Piaf qu’elle va la chanter sur scène, notamment à l’Olympia qu’elle fait pour la première fois cette année-là. Elle en citera les auteurs tous les soirs, comme c’était la tradition avant les années 60. Séquence frisson pour le Tandem. Piaf l’interprètera plusieurs fois dans ses tours de chant à l’Olympia, en 1956 et 1958.

Ce succès va être aussi enregistrée par de nombreux grands noms des années 30 à aujourd’hui, de Suzy Solidor à Catherine Ringer en passant par Nicole Croisille. Sans oublier les versions instrumentales de Michel Legrand, Eddie Barclay, Aimable… et même d’orchestres américains !
En effet, la chanson deviendra un succès international, adaptée dans de nombreuses langues : anglais (« The Left Bank »), allemand (« Das ist die Hafen Melodie », notamment par Caterina Valente), suédois (« Der ar I Hamburg »), danois (« Havnens Melodi »)…

On ne change pas une équipe qui gagne. Le 27 décembre 1955, Piaf enregistre à New-York au Studio Capitol un nouveau texte du Tandem sur une musique de Marguerite : « Les amants d’un jour ». Après l’avoir créé au Carnegie Hall de New-York en janvier 1956, Edith la commercialise en France en février. C’est un texte qui évoque le suicide et qu’Edith met en scène : elle chante même toute la chanson un verre à la main, qu’elle essuie au début et brise à la fin. On entend d’ailleurs le bruit du verre cassé sur le disque. C’est un nouveau succès qui bénéficiera aussi de multiples versions au fil du temps. De Georgette Lemaire à Patricia Kaas, de nombreuses prétendantes à l’héritage de Piaf l’enregistreront.
Le titre sera à nouveau adapté à l’étranger : en anglais (« Lovers For A Day »), danois « Hotelværelset »), suédois (plusieurs versions dont « Ett Älskande Par », « Ett Rum På Hotellet », « Står Och Torkar Glas »), tchèque (« Milenci Na Jeden Den ») et surtout italien (« Sogno di un giorno » ou « Albergo ad ore » au texte signé par Herbert Pagani et chanté par Gino Paoli, Milva et Ornella Vanoni).

Piaf et sa « bande » leur restent fidèles

Une chanson par an du trio magique, le rythme est pris. En 1957, Edith enregistre « Comme moi », un titre que Claude et Michelle ne trouvaient pas tout à fait adapté à la chanteuse car trop intimiste pour faire un gros succès.

Le temps est compté : la disparition de Marguerite Monnot en 1961, suivie de celle d’Edith Piaf deux ans plus tard, mettront fin à cette époque.

Heureusement que, dès 1955, le Tandem rencontre de nombreux compositeurs de Piaf comme Norbert Glanzberg, qui a composé « Padam Padam ».
Avec lui, les deux jeunes autrices signent un titre que Patachou enregistre. Ce sera la première et la dernière fois. L’amie de Maurice Chevalier n’aurait pas apprécié ce compositeur. En revanche, Patachou dira du Tandem dans la presse : « Voilà le nouveau Brassens », un beau compliment de la part de celle qui avait découvert le grand Georges !

Et ce n’est pas tout ! En 1955 et 1956, elles écrivent avec Charles Dumont.
Ils signent pour Lucien Lupi… et aussi « Guitare flamenco » sur le premier super 45 tours d’une belle Egyptienne : Dalida. Devenue vedette, quatre ans plus tard, elle chantera à nouveau leurs mots dans « C’est un jour à Naples », sur une musique de René Cloarec pour le film « Les régates de San Francisco » d’Autant-Lara. C’est d’ailleurs une des rares fois où elles posent leurs mots sur une composition existante.

Avec Piaf à son palmarès, le Tandem va recevoir de nombreuses « commandes » de textes dans cette fin des années 50. Les plus grands interprètes (Annie Cordy ou Jean-Jacques Debout, Hugues Aufray avec « Y avait Fanny », Eddie Constantine), comme les plus grands compositeurs (Paul Misraki en 1957, Mireille en 1960), vont donner vie à leurs paroles.

En marge des yéyé

Ceci dit, la deuxième grande époque commence véritablement en 1962 avec une nouvelle rencontre. Celle de deux jeunes artistes qui débutent, Jean Ferrat et Isabelle Aubret, et de leur éditeur-manager, Gérard Meys.
Ensemble ou séparément, elles vont beaucoup écrire avec et pour Ferrat, des chansons qui seront souvent également enregistrées par Isabelle Aubret.
Un an avant des premiers titres ambitieux pour le Grand Jean fin 1962 (« Les noctambules », repris par Pia Colombo, « L’homme à l’oreille coupée », « Les petits bistrots »), ce dernier enregistre un texte de Claude seule (« Deux enfants au soleil »), qu’il va créer sur scène à l’Alhambra avec Zizi Jeanmaire en avril 1962. C’est un gros succès, le premier tube « d’été » d’après la légende.

Ensuite, elles doublent la mise avec « C’est beau la vie » que le compositeur enregistre, mais aussi sa « petite sœur », Isabelle Aubret, suite à son terrible accident de voiture, ce qui donne au texte un sens tout particulier. Quelques années plus tard, Isabelle en fera même une version allemande. C’est Claude Delécluse qui en aurait trouvé le titre, en voyant Isabelle après son accident. Elle lui aurait dit : « C’est beau la vie, quand même ! » Et en rentrant, Michelle aurait poussé Claude à écrire ce texte.

Pendant dix ans, de 1962 à 1972, notre Tandem signera beaucoup avec Ferrat pour Isabelle Aubret : « Le bonheur » en 1970, mais aussi avec l’orchestrateur « maison » - qui est aussi celui de Gainsbourg - Alain Goraguer, ou avec un des grands complices de Brel, François Rauber.

A noter aussi quelques chansons pour la trop peu connue mais impressionnante Christine Sèvres, femme de Ferrat qui ne quittera malheureusement jamais l’ombre de son mari.

Dès 1959, Catherine Sauvage chante leurs chansons grâce à une musique de « son » Léo Ferré (« La belle Amour »). Ce dernier leur laisse même la co-propriété de l’œuvre, soit la co-édition, alors qu’il a « placé » la chanson. Avec ce grand seigneur, le Tandem écrira un deuxième titre.

De son côté, la rivale de la « Grande Catherine », Juliette Gréco enregistre deux textes de nos deux autrices dès 1963 ; ça s’arrêtera là. D’après Michelle Senlis, les deux autrices étaientt trop simples : pas assez de textes à double, voire triple sens.

Même si c’est difficile dans les années 60, notre Tandem ne va jamais tomber dans le yéyé, préférant continuer avec les héritiers de la chanson française traditionnelle (Alain Barrière ou Eva), voire ceux de la chanson dite « Rive Gauche » (Béatrice Arnac, Francesca Solleville avec notamment « Sachez qu’on m’appelle Mary » sur la guerre d’Irlande avec une musique de Jorge Milchberg).
En revanche, Montand ne les chantera pas. Elles lui présenteront une demi-douzaine de chansons. Il ne donnera pas suite. Des années plus tard, elles apprendront que le problème était venu du compositeur qui n’avait pas voulu modifier ses musiques… voire même accepter de les cosigner.

Une quatrième interprète « traditionnelle » va beaucoup chanter les mots du Tandem : Jacqueline Dulac.
Elles lui proposent « Il pleut sur les amandes ». La musique en est composée par Pierre Papadiamandis qui entame alors sa longue collaboration avec Eddy Mitchell.
Ensuite, Jacqueline Dulac signera la musique de bon nombre de textes du Tandem qu’elle enregistre, même si on trouve aussi la signature d’autres grands compositeurs comme Francis Lai ou Jean Bouchety. Jacqueline enregistrera aussi « C’est beau la vie ».

Beaucoup l’oublient, mais Mireille Mathieu a également gravé une chanson du Tandem à ses débuts, « Quelque chose de merveilleux », en 1966, dont François Rauber signe la musique.
A partir des années 70, le Tandem écrira moins, même si Régine leur « prend » deux textes mis en musique par Marc Heyral.


L’APRES TANDEM…

Il n’y aura pas d’après, le Tandem restera uni jusqu’au bout, même si, au grand étonnement de certains, elles ont écrit (ou signé) - en parallèle de leurs succès communs - quelques chansons chacune de leur côté, souvent pour les mêmes interprètes.

Claude Delécluse signe seule avec et pour Jean Ferrat, notamment des titres partagés avec Isabelle Aubret (« Deux enfants au soleil », en 1961, également enregistré par Michèle Arnaud), et encore d’autres spécifiquement pour Isabelle Aubret (« Les amants de Vérone » en 1965). Claude signe aussi seule pour Jacqueline Dulac (le premier succès « Lorsqu’on est heureux » en 1966). Avec Florence Véran, il y a quelques titres pour André Dassary (que reprend Juliette Gréco), Michèle Arnaud, Eddie Constantine…
On peut aussi citer Colette Renard, Jacques Hustin, dans ses compositeurs-interprètes, Hugues Aufray, Jacqueline Danno, dans ses interprètes, Marc Heyral, Charles- Henri Vic… dans ses compositeurs. Elle adapte aussi quelques rares chansons. Parmi ses derniers oeuvres, il y a « Une vie » en 1973 sur une musique de Ferrat.
Avec Michelle, Claude reçoit le Grand Prix de la Chanson Française en 1963, puis le Prix André-Didier Mauprey de la Sacem en 2002.
Claude Delécluse nous quitte le 24 janvier 2011 à Ivry Sur Seine, à 91 ans. Elle est inhumée au Père Lachaise à Paris.

Michelle Senlis signe aussi seule avec et pour Jean Ferrat, y compris des titres repris par d’autres (Les Trois Ménestrels, Christine Sèvres…) et surtout des titres pour Isabelle Aubret (« Elle avait mon âge » en 1967 – inspiré par la mort de Françoise Dorléac).
Toujours pour Isabelle, Michelle signe des titres avec des compositeurs comme Serge Sentis, Jorge Milchberg, des compositeurs-interprètes tel Jacques Debronckart et même des orchestrateurs : Alain Goraguer, François Rauber…
Michelle signe aussi avec Jean Ferrat « Mon vieux », enregistré par Jean-Louis Stain en 1962, puis Jacques Boyer en 1963. Sans succès. Le texte sera modifié par Daniel Guichard en 1974 sans que Michelle ne soit vraiment d’accord. En effet, après la mort de son père, fin 1963, elle avait souhaité que cette chanson ne soit plus exploitée. Elle vivra mal le succès tardif de sa chanson revue et corrigée, mais acceptera d’en partager les droits d’auteur.
Michelle écrit aussi beaucoup pour Jacqueline Dulac, avec Jean Ferrat, Francis Lai (« Venise sous la neige » en 1967 – qui sera adapté en italien en 1970 par Wilma Goich en « E fuori tanta neve ») et même avec cette interprète-compositrice.
Il y a aussi une demi-douzaine de chansons avec et pour le Belge Jacques Hustin, une pour les Trois Ménestrels. Enfin, elle offre deux textes à Dalida (« Ne lui dis pas » avec Lana & Paul Sébastian, et « Justine » avec Pascal Auriat).
Une de ses dernières chansons enregistrées est celle d’Evelyne Geller, « Les yeux fermés », mise en musique par Jean Ferrat et présentée en 1981 à la Sélection Eurovision pour la France. La même année, on note une chanson pour la révélation québécoise de « Starmania », Fabienne Thibeault, « Comme les enfants », composée par Francis Lai.
Michelle se retire au début des années 80 pour se consacrer à son autre passion depuis 1968 : la peinture. Elle exposera à partir de 1982, y compris à l’étranger. Avec son amie Claude, Michelle reçoit un Prix de la Chanson en 1963, et le Prix André-Didier Mauprey de la Sacem en 2002. Elle signe une chanson « testament » en 2016, « Elle a refermé le piano », enregistrée par Isabelle Aubret. La même année, elle publie un recueil de poésies sur les amours saphiques, « Du cœur à l’aubier », dédié à la moitié de son Tandem, sa Moitié.
Vivant toujours à Montparnasse, dans le 14ème à Paris, Michelle Senlis nous quitte le 20 juillet 2020, le jour de ses 87 ans.

Remerciements à Raoul Bellaïche qui a réalisé une des rares longues interviews (peut-être la seule ?) de Michelle Senlis, parue dans la revue « Je chante » N°16 en 1995.


L'auteur

Jean-Pierre Pasqualini

Animateur sur Melody, la chaine vintage de divertissement musical depuis 2003, JPP en dirige les programmes depuis 2013.

Cet ex-pionnier de la radio FM (entre 1982 et 1985) et rédacteur en chef de Platine Magazine durant 25 ans (de 1992 à 2017), membre de l’Académie Charles Cros et du Collège des Victoires de la Musique, est aussi sollicité régulièrement par de nombreux médias (M6, W9, C8…). Ces derniers mois, il a participé à de nombreux documentaires sur la chanson patrimoniale (Hallyday, Sardou, Pagny, Renaud…), comme contemporaine (Stromae, Christophe Mae…).

JPP intervient également sur les chaines et dans les émissions de News (BFM, LCI, C News, « Morandini », « C’est à vous »…) et les radios (Sud Radio, Europe Un, RMC Info Sport, France Inter…) pour des événements liés à la chanson (Eurovision, Disparitions de France Gall, Charles Aznavour, Dick Rivers…). Il a même commenté en direct les obsèques de Johnny Hallyday sur France 2 avec Julien Bugier.

Coté chansons, JPP a participé, depuis presque 30 ans, à de nombreux tremplins, du Pic d’or de Tarbes au Festival de Granby au Québec en passant par le tremplin du Chorus des Hauts de Seine.
Enfin, JPP a produit des artistes comme Vincent Niclo, en manage d’autres comme Thierry de Cara (qui a réalisé le premier album des Fréro Delavega)…
JPP a signé quelques ouvrages sur la musique et écrit des textes de chansons. Il a même déjà travaillé sur un album certifié disque de platine (Lilian Renaud).