Jean-Max Rivière : Par pur hasard. J’étais nul à l’école, on m’a donc conseillé d’apprendre un métier manuel. Comme j’étais grand, on s’est dit que plutôt que maçon, je pourrais être peintre. Ma mère m’a alors inscrit à l’école des Arts appliqués, croyant qu’il s’agissait de peinture en bâtiment.
Cette méprise a changé ma vie. J’ai appris la guitare pour faire partie de la fanfare de l’école et pour plaire aux filles. Dès que j’ai maîtrisé trois accords, j’ai commencé à écrire des chansons.
Je chantais aux terrasses des cafés de Montmartre et j’ai rencontré un monsieur qu’on surnommait Pilou, qui était industriel mais qui écrivait des poèmes. Il m’a demandé des conseils et nous sommes devenus amis.
À l’époque, je menais une vie de patachon. En 1957, je suis tombé sérieusement malade et il m’a emmené chez lui. Le monsieur, c’était Louis Bardot, le père de Brigitte…
Je ne l’oublierai jamais. C’était un dimanche d’été à Louveciennes. J’ai entendu sa voix qui demandait à son père "Alors, il est où, ce guitariste".
Puis elle est apparue, avec un sparadrap sur le menton. Je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que c’était pour cacher quelques boutons. Je lui ai dit : "Enlève-moi ça, y’a du soleil". Nous sommes devenus tout de suite très complices. Aujourd’hui encore, nous sommes restés copains, même si nous nous voyons rarement.
La toute première, c’était Sidonie, dont j’ai composé la musique sur un poème de Charles Cros, et qui a servi de bande originale au film Vie privée, de Louis Malle, en 1962.
La même année, j’ai également enregistré un duo avec Brigitte, intitulé Tiens, c’est toi. La chanson est cosignée avec le compositeur Gérard Bourgeois.
J’ai reçu, un jour, un coup de fil d’un gars qui se disait pianiste et voulait me rencontrer. Nous avons fait connaissance un soir, autour de quelques bouteilles. J’avais le début des paroles, "Sur la plage abandonnée…".
Gérard s’est mis au piano et la chanson est venue comme ça. Ce fut le début d’une association qui devait durer douze ans.
Chanter, écrire, jouer, produire, éditer, c’est vrai que je crois avoir tout fait, dans ce métier. Mais je me suis toujours senti plus proche de la bohème, du milieu du cirque, que du show business.
Quand un acrobate tombe, on en fait un clown. C’est un esprit de famille qui s’est perdu.
Par Philippe Barbot.
Crédit photo : Gamma Rapho
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