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Chronique
Ida Presti et Alexandre Lagoya sèchent les exams !
Pas le temps, trop de succès

Il fut un temps assez long (une cinquantaine d’années) où pour avoir le droit de signer une musique, écrire des paroles, il était nécessaire de passer un examen à la Sacem. Histoire de vérifier que l’intéressé(e) avait bien les compétences requises. Ce qui donnera parfois naissance à des histoires cocasses, comme le premier ratage de Brassens, la demande de report d’Edith Piaf pour cause de maladie pendant l’épreuve ou l’angoisse de l’échec exprimée par une lettre de Serge Lama.

Ida Presti forme avec son mari Alexandre Lagoya le plus grand duo de guitaristes classiques au monde. Ils sont aux quatre coins du globe et leur immense talent en fait les interprètes de référence de tout le répertoire. Maintenant qu’ils ont ajouté quelques-unes de leurs compositions aux classiques de Bach, Granados ou De Falla, ils doivent logiquement pouvoir déposer leurs œuvres afin de toucher des droits. L’examen ne devrait pas leur poser de problème, ils maîtrisent les notes comme personne...

Empêchés pour cause de tournée

Mais éloignés la plupart du temps de leur pays d’origine, il est impossible pour eux de se libérer pour gratter du papier tels de jeunes étudiants, d’autant plus qu’ils sont quasiment les seuls légataires des nouvelles partitions écrites pour la guitare par des compositeurs comme André Jolivet, Jean Yves Daniel-Lesur, Tedesco... Une situation pour le moins kafkaïenne, un peu comme si l’on demandait à Usain Bolt de renouveler sa licence régionale de joggeur du dimanche ! Cette jolie lettre d’excuse est le témoignage honnête d’une grande musicienne qui ne sait pas trop comment répondre à la demande. On sent qu’une envie d’écrire « Écoutez-donc mes disques c’est vraiment moi qui joue ! » la démange, mais l’élégance prend le dessus.

Ida disparaîtra d’un cancer du poumon très jeune, à 42 ans, lors d’une tournée aux États-Unis, après 20 ans d’une carrière exemplaire. Elle est l’incarnation de l’artiste effacée derrière sa musique et son art en fait toujours le modèle avoué des apprentis-guitaristes classique à travers le monde. Chapeau bas la pionnière.

Par Mathieu Alterman

Attestation de Ida Presti exposant son incapacité géographique à passer l'examen Sacem
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L'auteur

Mathieu Alterman

Journaliste, chroniqueur (LCI, C8, Le Point, ...) et réalisateur de documentaires (Les Magnifiques - Paris Première).

Après avoir été pendant dix ans directeur artistique en maisons de disques et prêté sa plume à la revue Schnock, il enseigne le décryptage de la pop-culture, la communication de crise, le pitching et l’histoire des médias.

Il anime des conférences pour le groupe Ionis (Jacques Séguéla, Maurice Levy, Jacques Attali, …) et est aussi l’auteur de plusieurs livres dont « Les larmes de Johnny » (éditions Carnets Nord) et « Femmes Fatales (éditions Quai des Brunes).
Chroniqueur dans TPMP sur C8, professeur de pop culture et de podcast.